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  Actualité : Colloque Santé Environnement - 23 Mars 2012
 



Le bilan des campagnes

C’est donc, au total, vingt-huit campagnes océanographiques que le Prince Albert Ier a organisées et dirigées, entre 1885 et 1915. Entreprises pendant la période estivale, leur durée varie de sept à quatorze semaines, selon les années. En outre, à partir de 1894, le Prince met à profit son séjour à Monaco durant l’hiver et le printemps, pour effectuer un certain nombre d’opérations entre le continent et la Corse. C’est alors, en général, que sont expérimentés de nouveaux engins et mises au point de nouvelles méthodes.

Les responsabilités du Prince durant les campagnes sont clairement établies. Tout d’abord, il assume le commandement du yacht. Pour la navigation, à bord de l’Hirondelle il est secondé par un maître d’équipage, Jean-Auguste Le Gréné ; sur les trois autres navires, il est assisté par un commandant en second : un Britannique, le capitaine Henry Charlwood Carr, puis un Français, le commandant Georges d’Arodes de Peyriague. A partir de 1902, un jeune officier français, l’enseigne de vaisseau Charles Sauerwein remplacé en 1906 par le lieutenant de vaisseau Henry Bourée, complète l’état-major maritime.

Pour les questions scientifiques, c’est le Prince qui, seul, décide du lieu et du programme des recherches. Certaines sont en relation avec la spécialité d’un scientifique invité pour la campagne. Ainsi la météorologie marine fait l’objet de nombreuses opérations de 1904 à 1907, sous la responsabilité d’Hugo Hergesell. Parfois, le choix du Prince est guidé par un problème d’actualité. C’est le cas en 1903 quand, pour tenter de remédier à la crise sardinière qui affecte le littoral atlantique français, le Prince et ses collaborateurs procèdent à une étude détaillée des facteurs biologiques et physico-chimiques du golfe de Gascogne.

Mais les travaux à bord relèvent surtout de deux types d’opérations. Tout d’abord, la récolte des animaux est effectuée, jusqu’à des profondeurs parfois supérieures à 6000 mètres, avec une attention particulière portée à l’existence et à l’abondance de la faune vivant en pleine eau, dans les niveaux intermédiaires entre la surface et le fond. Cette faune bathypélagique suscite en effet à l’époque de vives discussions. Les prélèvements biologiques sont complétés par l’étude des caractéristiques du milieu où vivent ces organismes : température, salinité, circulation des masses d’eau.

La bonne marche des travaux scientifiques est confiée au baron Jules de Guerne puis au docteur Jules Richard qui, recruté en 1887, participe à toutes les campagnes à partir de l’été suivant. Des savants, dont le nombre varie de un à quatre, sont invités à prendre part aux travaux : outre les physiologistes Charles Richet et Paul Portier déjà cités, le biochimiste Gabriel Bertrand, l’océanographe Julien Thoulet, les zoologistes Louis Joubin et Louis-Eugène Bouvier, l’algologue Louis Gain, le planctonologiste allemand Karl Brandt, deux Écossais, le physicien John Young Buchanan et l’explorateur polaire William Speirs Bruce, le météorologiste allemand Hugo Hergesell. Un médecin, le plus souvent un jeune interne sur le point de soutenir sa thèse, est présent à bord. A partir de 1888, un artiste est embarqué, dont la tâche principale consiste à noter la couleur des organismes dès leur sortie de l’eau, avant que les nuances d’origine s’altèrent. Quatre d’entre eux sont français : Marius Borrel, Jeanne Le Roux, Charles Boutet de Monvel et Louis Tinayre, un italien, le comte Witold Lovatelli Colombo et un écossais, William Smith. Enfin, l’équipage comprend un ou plusieurs maîtres d’équipage, des matelots, des chauffeurs, un opérateur radio après l’installation de la TSF, un garçon de laboratoire et du personnel de service.

Ce sont, au total, 3698 stations qui seront effectuées sous la direction et le contrôle permanent du Prince Albert. Une station regroupe une série d’opérations plus ou moins nombreuses et complexes. Après avoir établi avec précision la position géographique du navire, la profondeur est déterminée grâce à un sondeur qui, le plus souvent, remonte un échantillon du substrat dont il est ainsi possible de connaître la nature. Des prises d’eau destinées aux analyses et des mesures de température sont en général faites en surface et à diverses profondeurs. Un appareil est alors immergé qui, selon les recherches prévues, est un filet planctonique, une drague, un chalut, une nasse, un palangre, un trémail ou une barre à fauberts.

Les animaux prélevés font l’objet d’un premier tri dès leur récolte. Une fois la campagne terminée, ils sont classés selon les groupes zoologiques puis confiés aux meilleurs spécialistes, français et étrangers, pour un examen définitif. En effet, à la différence de son ami le roi
D. Carlos de Portugal, autre « souverain océanographe », le Prince Albert estime ne disposer ni du temps ni de la compétence requis pour procéder à l’identification des animaux parmi lesquels figurent souvent de nouvelles espèces, voire de nouveaux genres. Mais il témoigne d’un intérêt soutenu pour ces travaux qui font l’objet de notes préliminaires dans des revues spécialisées. Pour les monographies de synthèse, il crée une série sous le titre explicite de Résultats des campagnes scientifiques, accomplies sur son yacht par Albert Ier, Prince Souverain de Monaco. Le premier des cent dix fascicules paraît en 1889. Le texte est composé et imprimé à Monaco sur un papier vergé aux armes et au monogramme du Prince. Pour les planches, les dessins des savants sont associés aux notes de couleur des artistes embarqués ; le tirage est confié aux meilleurs lithographes de l’époque. Le soin apporté à toutes les étapes de la publication sous la surveillance constante du Prince permet de réunir rigueur scientifique et qualité esthétique dans cette série et d’établir son renom durable.

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Dernière mise à jour le : samedi 28 janvier 2012
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