La contribution du Prince Albert au progrès de l’océanographie ne se situe donc pas dans des études de systématique mais dans trois domaines bien précis. La fiabilité et l’abondance des prélèvements et des données dépendent de la qualité des instruments employés. Dès le début de ses campagnes, il attache la plus grande importance à cette question. Fasciné par les inventions telles que le cinématographe, la photographie en couleurs et l’aéronautique, il tient à appliquer à l’instrumentation océanographique nouveaux procédés et nouveaux matériaux, sans négliger pour autant les techniques éprouvées et utilisées de longue date. Il invente ou perfectionne de nombreux engins : flotteurs mis à l’eau par l’Hirondelle, chalut de surface, filet à gouvernail, filet à rideau, sondeur à clef, machine à sonder, nasses triédriques et hexagonales. Ses collaborateurs font preuve d’autant d’esprit inventif. Jules Richard crée une bouteille de prélèvement d’eau, un petit filet pour la récolte du plancton pendant que le navire poursuit sa route, un filet à large ouverture pour les pêches verticales de faune bathypélagique. Le « sondeur à drague » est conçu par l’ingénieur Maurice Léger.
La cartographie des océans
La cartographie constitue le deuxième domaine qui a bénéficié des initiatives du Prince Albert. Pour l’Exposition universelle de Paris en 1889, il fait exécuter une immense carte où sont tracés les itinéraires suivis pendant les quatre campagnes de l’Hirondelle ainsi que le déplacement des masses d’eau de l’Atlantique tel qu’il a été établi à partir du parcours des flotteurs récupérés. Trois ans plus tard, ce schéma de la circulation océanique fait l’objet d’une carte détaillée, présentée à l’Académie des sciences de Paris puis au congrès annuel de l’Association britannique pour l’avancement des sciences à Édimbourg.
Les quatre campagnes au Spitzberg donnent lieu à la publication de toute une série de cartes : hydrographie de la baie Red à la suite des relevés du lieutenant de vaisseau Guissez ; topographie de la partie Nord-Ouest de la principale île ainsi que du Prince Charles Foreland, explorés par la mission norvégienne de Gunnar Isachsen et la mission écossaise de William Bruce.
La contribution majeure du Prince est, sans conteste, la Carte générale bathymétrique des océans. A la suite d’une décision prise au Congrès international de géographie de Berlin en 1899, une réunion d’experts se tient à Wiesbaden quatre ans plus tard. Les propositions du professeur Julien Thoulet pour les principales caractéristiques de cette carte : échelle, projection, bathymétrie, y sont examinées et adoptées. Les vingt-quatre feuilles sortent des presses au printemps 1905, tous les frais de dessin et d’impression pris en charge par le Prince Albert qui continue de patronner et de financer la deuxième édition, publiée à partir de 1912.