Les manchots : des oiseaux marins plongeurs de l'Hémisphère Sud

Les manchots sont des oiseaux marins de la famille des Sphéniscidés. Les 18 espèces qui la composent se distribuent du continent Antarctique jusqu'aux Iles Galápagos, et la population reproductrice de manchots de l’Océan Austral est estimée à plus de 24 millions de couples, soit une biomasse de 250 000 tonnes. Prélevant 85% de l’énergie consommée par les oiseaux marins dans cette région, ils figurent parmi les principaux prédateurs de l’Océan Austral. Incapables de voler, ces oiseaux sont cependant particulièrement bien adaptés à la vie marine. En effet, l’occupation progressive de la niche écologique sous-marine par les manchots et leur aptitude à la plongée s’est faite au travers de multiples adaptations morphologiques et physiologiques. Comme tous les oiseaux marins actuels, les manchots ne se sont cependant pas affranchis complétement du milieu terrestre et doivent retourner à terre pour muer et se reproduire. Leur existence se caractérise alors par une alternance de périodes d’acquisition de réserves énergétiques en mer et de séjours terrestres au cours desquels ils jeûnent et subsistent grâces à leurs réserves corporelles. Toutes les espèces de manchots ne répondent pas forcément de la même manière aux fluctuations environnementales. Par exemple, les tendances numériques des populations de manchots Adélie sont opposées à celle du Manchot à jugulaire en Péninsule Antarctique. On peut également observer des réponses démographiques différentes entre les populations d’une même espèce. Ainsi, les populations de manchots Adélie de la mer de Ross présentent des tendances opposées à celle de la Péninsule Antarctique. Ces différences semblent être liées à leur écologie et particulièrement à la très forte variabilité de leur habitat (notamment la glace de mer), ce qui démontre la complexité des études en dynamique des populations et surtout la nécessité de prendre en compte une multitude de facteurs avant de tirer des conclusions sur l’évolution de ces populations. Enfin, les périodicités des grands évènements climatiques sont généralement de grande envergure alors que les séries de données biologiques sont majoritairement plus courtes que la période des phénomènes observés. Il est donc essentiel de mettre en place des suivis sur le long terme, tels que ceux mis en place dans le cadre du Programme 137-ECOPHY de l'Institut Polaire Paul-Emile Victor (IPEV) sur les manchot royaux, Adélie et empereurs, qui sont de véritables observatoires biologiques de notre planète.

Le Manchot royal Aptenodytes patagonicus (taille adulte ~90 cm, masse corporelle variant entre 7 et 20 kg selon la période du cycle) est un oiseau marin pélagique, c'est-à-dire de la haute mer. En fonction de la localisation géographique des colonies et en fonction de la saison, le régime alimentaire des manchots royaux varie entre des myctophidés (ou poissons lanternes), des calmars, ou bien encore du krill antarctique, et ce dans des proportions diverses. L’espèce possède une large répartition géographique circumpolaire entre 40°S et 60°S, ponctuée d’îles où elle se reproduit en de larges colonies (en Géorgie du sud, aux Falklands, aux îles Kerguelen, Crozet, du Prince Edouard, Heard ou Macquarie). Les principales populations nichent dans l’Archipel de Crozet au sud-ouest de l'Océan Indien : 1 million de couples reproducteurs, soit près des 2/3 de l’effectif mondial, dont 80 000 sur l’Ile de la Possession (46°25'S, 51°45'E). La colonie d'étude du Laboratoire Européen Associé BioSensib (CNRS-CSM), dite ‘La Grande Manchotière’, qui est située dans la Baie du Marin sur la côte Est de l'Ile de la Possession, compte environ 20 000 couples reproducteurs. Le cycle de reproduction des manchots royaux est particulièrement atypique puisqu'il se déroule sur plus d'une année (13 à 15 mois, cycle qui débute entre novembre et mars). Le manchot royal ne possède pas de nid mais délimite, à coup de bec et d'ailerons, un territoire éphémère de moins de 1 m2 qu'il conservera au cours de la saison estivale. Après l'incubation d'un œuf unique sur leurs pattes (~53 jours) et la garde rapprochée d'environ 25 jours de leur petit poussin pas encore émancipé thermiquement (incubation et garde alternées), les parents abandonneront temporairement leur poussin sur la colonie pour partir s'alimenter et ramener de la nourriture au poussin. Le poussin passera alors environ 10 mois en crèches, qui correspondent à des groupements de poussins, avant de muer et partir en mer pour la première fois. Jusqu'à maintenant, on estime la longevité des manchots royaux à une 30aine d'années.

Le Manchot Adélie Pygoscelis adeliae (taille adulte ~70 cm, masse corporelle variant entre 3 et 7 kg selon la période du cycle) est un oiseau marin côtier. En fonction de la localisation géographique des colonies, le régime alimentaire des manchots Adélie varie entre exclusivement du krill antarctique et du krill des glaces ou un mélange de poissons (dont la calandre antarctique) et de krill, et ce dans des proportions diverses. L’espèce possède une large répartition géographique circumpolaire entre 66°S et 78°S et se reproduit en de larges colonies exclusivement sur la côte antarctique. La population totale de manchots Adélie est estimée à environ 2,5 millions de couples reproducteurs répartis sur plus de 161 colonies. La colonie d'étude du Laboratoire Européen Associé BioSensib (CNRS-CSM) se situe en Terre Adélie, sur l'Ile des Pétrels dans l'Archipel de Pointe Géologie (66°40'S,140°01'E) qui compte environ 35 000 couples reproducteurs. Le cycle de reproduction des manchots Adélie se déroule sur environ 5 à 6 mois (d'octobre à mars). Le manchot Adélie possède un nid (fait de petits cailloux) qu'il conserve généralement d'une année sur l'autre. Après une incubation d'environ 34 jours d'un à deux œufs, et une garde rapprochée d'environ 20 jours (incubation et garde alternées) , le/les poussins passeront quelques semaines en crèches, avant de muer et partir en mer pour la première fois. Jusqu'à maintenant, on estime la longevité des manchots Adélie à 25-30 ans.

Le Manchot empereur Aptenodytes forsteri (taille adulte ~120 cm, masse corporelle variant entre 20 et 40 kg selon la période du cycle) est un oiseau marin côtier. En fonction de la localisation géographique des colonies et de la saison, le régime alimentaire des manchots empereurs est composé soit majoritairement de krill antarctique ou bien d’un mélange de poissons (dont la calandre antarctique), de krill et de calmars, et ce dans des proportions diverses. L’espèce possède une large répartition géographique circumpolaire entre 64°S et 77°S et se reproduit en de larges colonies exclusivement sur la côte antarctique. On compte plus de 250 000 couples reproducteurs répartis sur les 46 colonies identifiées à ce jour. La colonie d'étude du Laboratoire Européen Associé BioSensib (CNRS-CSM), qui s'est établie dans l'Archipel de Pointe Géologie située en Terre Adélie (66°40'S,140°01'E), compte environ 3500 couples reproducteurs. Le cycle de reproduction des manchots empereurs se déroule sur environ 10 mois (mars à janvier). Le manchot empereur ne possède ni nid, ni territoire, puisqu'il se reproduit sur la banquise en formant des regroupements que l'on appelle 'tortue'. Après l'incubation d'un œuf unique sur les pattes du mâle (~65 jours) et la garde rapprochée d'environ 40 jours de leur petit poussin pas encore émancipé thermiquement (garde alternées), les parents abandonneront temporairement leur poussin sur la colonie pour partir s'alimenter et ramener de la nourriture au poussin. Le poussin passera alors environ 4 mois en crèches avant de muer et partir en mer pour la première fois. Jusqu'à maintenant, on estime la longevité des manchots empereurs supérieure à 30 ans.