mardi 11 juillet 2017

De la science à la conservation des récifs coralliens

Mission en Indonésie

L’Indonésie, située dans le triangle de corail, berceau de la biodiversité marine, fut la cible pendant des dizaines d’années de techniques de pêche destructrices, dont l’utilisation de la dynamite et de produits chimiques. Les conséquences sur le stock de pêche et sur la survie des communautés locales se font grandement ressentir.

A « Seraya Besar », une île située à l’ouest de Flores, une équipe locale s’est engagée dans un projet de restauration de leurs récifs coralliens en collaboration avec une ONG française, Coral Guardian. Dans le but de rendre compte du succès du projet pour National Geographic Society, Dr. Leïla Ezzat s’est rendue sur place, à Seraya Besar, en compagnie d’Adam Cruise, auteur et journaliste. 

Récif corallien indonésien

Importance des récifs coralliens

Alors qu’ils ne couvrent que 0,1% de la surface des océans, les écosystèmes coralliens abritent plus de 30% des espèces marines à travers le monde, dont 4000 espèces de poissons. D’un point de vue économique, ces écosystèmes fournissent biens et services à l’homme dans les secteurs de la pêche, de la protection des côtes, des activités touristiques, et sont de nos jours la nouvelle attraction des industries pharmaceutiques qui y recherchent les médicaments de demain. Ainsi, plus de 500 millions d’individus dépendent de ces écosystèmes pour leur survie, et tout particulièrement les résidents des pays en voie de développement. Malgré leur importance écologique et économique, les récifs coralliens sont sévèrement menacés par des facteurs de stress globaux et locaux tels que l’augmentation de la température de surface des eaux, l’acidification des océans, la pollution marine, les activités touristiques, la surpêche, les techniques de pêche destructrices telle que l’utilisation de dynamite ou de produits chimiques. Alors que les écosystèmes récifaux se situent à la base des diverses chaînes trophiques marines, leurs rapides déclins pourraient entraîner de sévères conséquences écologiques, économiques et sociales.

L’Indonésie, située au sein du triangle de corail, une des aires marines les plus biodiversifiée au monde, fut le théâtre, durant de nombreuses années, de pratiques de pêche destructrices, telles que l’utilisation de la dynamite et du cyanure de potassium, dilapidant et appauvrissant les stocks de poissons et affectant directement la survie des communautés locales. 

 

Seraya Besar

Depuis 3 ans, une communauté de pêcheurs située à Seraya Besar, à l’ouest de l’île de Flores s’est engagée dans un projet de restauration de leurs zones récifales en collaboration avec Coral Guardian, une ONG française ayant pour vocation « la conservation des écosystèmes coralliens, la sensibilisation du plus grand nombre, la recherche scientifique et la valorisation des écosystèmes marins. »

Leurs projets suscitent l’intérêt de nombreuses associations, ONGs et Centres de recherches scientifiques à travers le monde, dont le Centre Scientifique de Monaco (CSM). Le Dr. Leïla Ezzat, qui a effectué sa thèse au sein de l’équipe d’Écophysiologie corallienne au CSM, s’est rendue en Indonésie aux côtés d’Adam Cruise, journaliste et auteur afin d’étudier le succès des différentes techniques de restauration réalisées par les locaux en partenariat avec Coral Guardian.

Le projet développé par l’ONG française en collaboration avec les communautés locales peut se résumer en trois phases : la première, la phase de prospection– a consisté à décider du lieu exact où implanter les tables de restauration en fonction des conditions météorologiques, des courants, de la biodiversité du milieu, de la qualité de l’eau et du substrat ainsi que des infrastructures urbaines environnantes. Ensuite vient les phases de construction et transport des tables où la transplantation des fragments de coraux a lieu. Enfin, la phase de surveillance et de protection de la zone de restauration. Une fois par mois, l’équipe locale évalue les taux de croissance des fragments coralliens transplantés et établit un recensement du nombre d’organismes et d’espèces de poissons présents et/ou nouveaux sur l’aire récifale ciblée. Les rapports de suivis ont montré une augmentation de 114% du nombre d’espèces de poissons présentes sur un des sites de restauration après 1 an, et jusqu’à 300% de nouveaux individus relevés au mètre carré. De plus, des sondages sont réalisés auprès d’une dizaine de pêcheurs afin d’obtenir des informations sur leurs captures (taille et nombre de poissons).

Phase de prospection avec étude des différents coraux à implanter
Phase de construction et transport des tables où la transplantation des fragments de coraux a lieu

 

Le succès de l’ONG réside donc dans la participation et l’engagement des pêcheurs et familles à restaurer leurs écosystèmes, afin de rétablir un stock de pêche ciblé. Nombreux encore sont les projets humanitaires mis en place dans les pays en voie de développement qui ne prennent que trop peu en compte la composante sociale.

Coral Guardian entreprend également différentes missions de sensibilisation notamment dans les écoles, auprès des centres de plongée et accueille désormais des volontaires provenant du monde entier. Ces actions permettent à Coral Guardian de disséminer ses initiatives bien au-delà des frontières.

Tables de restauration des coraux en place

 

Observations du Dr Ezzat :

" Les ravages du réchauffement climatique et les dizaines d’années de pratiques de pêche destructrices ont conduit au déclin d’une large portion des récifs à travers le monde et notamment dans le triangle de Corail, une des zones plus productives en terme de biodiversité. Les répercussions sans précédent sur les stocks de pêche ainsi que sur les conditions de vie des locaux se font ressentir. Ainsi, Basrin, jeune pêcheur de 25 ans nous expliquait qu’il ne revenait que 2 jours sur 7 avec un butin de pêche (600 g pour un foyer de 5 personnes), composé majoritairement de juvéniles. Alors que les stocks de poissons ne cessent de diminuer, les pêcheurs doivent parcourir des distances considérables afin de trouver une zone appropriée, influençant inéluctablement les coûts de transport et leurs conditions de vie.

Une observation plus qu’intéressante et porteuse d’espoir ressort de cette mission. Lors des différents ‘suivis’ réalisés sur les zones de restauration, l’équipe locale a observé que les colonies transplantées survivaient mieux aux ravages du réchauffement climatique, par rapport aux colonies d’origine.

Ce constat encourageant fait l’objet de nombreuses interrogations au sein de la communauté scientifique. Alors que la fréquence des événements de blanchissement et de mortalité augmente au fil des années, il est du devoir des instances régionales, nationales et internationales d’agir dans l’optique de préserver la faune et la flore des milieux marins.

Pour ce faire, ONGs et laboratoires de recherche doivent travailler ensemble et trouver des solutions simples et efficaces afin de maintenir et régénérer des zones de biodiversité indispensables à la survie ainsi qu’au maintien de la vie marine et des communautés locales.

Enfin, il est primordial que la communication entre chercheurs et citoyens soit aujourd’hui améliorée. Ce fut dans cette optique que j’avais souhaité me rendre en Indonésie. J’ai souvent été confrontée à diverses interrogations de mes amis/membres de ma famille au sujet des travaux de recherche élaborés dans le cadre de ma thèse, réalisée dans l’équipe d’écophysiologie au CSM. Ainsi, les programmes de sensibilisation et la vulgarisation scientifique se révèlent essentiels afin d’établir un lien concret entre notre travail de recherche au sein d’un laboratoire comme le CSM, la réalité du travail de terrain et la vie des communautés locales.

Par la suite, je désire mettre en œuvre et développer des projets similaires durant ma nouvelle mission postdoctorale à l’Université de Santa Barbara et garde cette intime conviction que ce n’est qu’en réunissant des acteurs provenant de divers secteurs (les locaux, les politiques, les organismes de recherche ainsi que les organisations non gouvernementales) que nous trouverons des solutions tangibles pour préserver le devenir de nos écosystèmes pour les futures générations. "  

Le Dr L. Ezzat en repérage sur les zones des tables de restauration
Phase de surveillance et de protection de la zone de restauration

 


Pour de plus amples informations sur le projet réalisé par Coral Guardian en Indonésie, veuillez vous rediriger sur notre article paru sur le site de National Geographic ainsi que sur le site de l’ONG.

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